mercredi 22 novembre 2017

(Lecture) Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel



Le métier de Brodeck n'est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l'état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s'améliore. «On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de tes rapports.»Brodeck accepte. Au moins d'essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu'il ne sait pas s'exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d'accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l'extrême, il ne veut rien cacher de ce qu'il a vu, il veut retrouver la vérité qu'il ne connait pas encore. Même si elle n'est pas bonne à entendre."À quoi cela te servirait-il Brodeck ? s'insurge le maire du village. N'as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ?Qu'est-ce qui ressemble plus à un mort qu'un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes..."Brodeck a écouté la mise en garde du maire.Ne pas s'éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n'existe pas ou ce qui n'existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

Ce roman, qui pour moi semble le témoignage vrai d'un homme vrai, est un livre difficile à lire, bouleversant et, qui nous remet en question, qui remet en question l'humanité. Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, car ceci reviendrait à dire que j'ai aimé l'horreur, la souffrance, l'inhumanité qui hantent ces pages. Pour autant, ce récit est magnifique, intense et malheureusement nécessaire. 

Nécessaire car je n'arriverai jamais, malgré mes nombreuses lectures (romans, essais, témoignages) à comprendre la folie humaine, le besoin pour un être humain (homme ou femme) de faire souffrir, d'humilier, d'anéantir un de ses semblables. Car entendons-nous bien, tous les êtres humains, quel qu'ils soient sont identiques... Je suis peut-être trop naïve, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi tant de personnes en détestent d'autres au point d'en commettre des actes innommables. Chaque page de l'ouvrage de Philippe Claudel dépeint toute cette monstruosité qui pourrie le monde, à m'en faire venir la nausée. Chaque page montre les faiblesses humaines, ne cherchant pas à les excuser, mais plutôt d'essayer vainement, de comprendre ce qui pousse un individu à agir ainsi... Et comment un seul homme, avec une idéologie infâme, peut-il ainsi entraîner des millions d'hommes à la mort ? 

J'ai toujours, depuis mes années collèges et l'étude de ces périodes sombres de l'histoire, été horrifiée (le mot n'est certainement pas assez fort) de voir jusqu'à quel point l'humain peut tomber. J'imagine la douleur, le courage qu'il a fallu à Philippe Claudel pour essayer de raconter tout cela. Tout au long du livre, Brodeck nous raconte l'atrocité qu'il a vécu, qu'il vit et les poisons que lui-même a pu infliger à d'autres. Mais Brodeck, à travers ces pages, semble tellement différent de ces bourreaux, car il a conscience de l'horreur, de la rage, des ténèbres berçant ce monde et il en a honte ; cette honte le ronge. Il m'a été très sympathique, j'ai eu parfois envie de le prendre dans mes bras, comme le ferait une mère, et de le rassurer, de le protéger... 

Souvent à cette lecture j'ai pleuré au point de devoir fermer le livre et le mettre de côté un moment, mais le talent de l'auteur et la voix de Brodeck m'obsédait tellement, jusqu'à n'en plus pouvoir dormir. Ce récit m'habitera sûrement encore fort longtemps. L'auteur signe-là une oeuvre majestueuse, émouvante, intense et horrible à la fois. Mais ce livre est nécessaire et, il me plaît à croire que grâce à de tels ouvrages, lu par des millions, des milliards d'êtres humains, permettront que de telles monstruosités ne se répètent plus jamais... mais ce n'est qu'un rêve qui chaque jour, lorsque je lis les journaux, se retrouve réduit à néant. Merci Brodeck, merci Philippe Claudel. 

Extrait
"La guerre... Peut-être les peuples ont-ils besoin de ces cauchemars. Ils saccagent ce qu'ils ont mis des siècles à construire. On détruit ce qu'hier on louait. On autorise ce que l'on interdisait. On favorise ce que jadis on condamnait. La guerre, c'est une grande main qui balaie le monde. C'est le lieu où triomphe le médiocre, le criminel reçoit l'auréole du saint, on se prosterne devant lui, on l'acclame, on l'adule. Faut-il donc que la vie paraisse aux hommes d'une si lugubre monotonie pour qu'ils désirent ainsi le massacre et la ruine ? Je les ai vus bondir au bord du gouffre, cheminer sur son arête et regarder avec fascination l'horreur du vide dans lequel s'agitaient les plus viles passions. Détruire ! Souiller ! Violer ! Egorger ! Si tu les avais vus..." Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel - Edition Stock page 174

samedi 18 novembre 2017

(Lecture) Compartiment pour dames - Anita Nair



Un jour, Akhila décide de partir vers l'extrémité sud de l'Inde, là où se rencontrent l'océan Indien, la baie du Bengale et la mer d'Arabie, pour faire le point sur une vie qu'elle a l'impression de n'avoir pas vécue. Dans le train qui la conduit à destination, elle fait la connaissance de ses compagnes de voyage, avec lesquelles elle va partager toute une nuit l'intimité d'un compartiment pour dames. A travers leurs confidences Akhila cherche la réponse aux questions qu'elle se pose : une femme a-t-elle vraiment besoin d'un homme pour être heureuse, pour se sentir épanouie ? Comment trouver en soi la force de vivre la vie qu'on a choisie, de redevenir maîtresse de son destin ? En écoutant les femmes qui l'accompagnent, dont les récits reflètent ses propres contradictions, et en se replongeant dans un passé fait de renoncement, de sacrifices et de frustrations, Akhila comprend qu'elle seule peut trouver une issue à ses interrogations. Ce roman à plusieurs voix où, le temps d'un trajet partagé, s'entrecroisent des destins de femmes proches de nous par leurs forces et leurs faiblesses, est aussi celui d'un voyage à la découverte de soi qui éveillera des résonances en chacun ou chacune de nous.

Depuis quelques temps, l'Inde est un pays que je souhaite davantage connaitre. C'est un pays qui m'intrigue et, dont le mystère et l'histoire m'intéresse et me passionne. Quand l'occasion de lire le roman d'Anita Nair en lecture commune s'est présenté, je n'ai pas hésité et, j'ai bien fait. 

Nous suivons le destin d'Akhila, une femme de plus de quarante ans, qui se questionne sur sa vie, sur son devenir. Son père est mort alors qu'elle n'était qu'une jeune fille. Elle a dû subvenir au besoin de sa famille, s'oubliant, se sacrifiant et oubliant ses rêves. 
Aujourd'hui, elle se pose beaucoup de question sur elle-même et sur son droit a, enfin, être heureuse. Afin de trouver ces réponses et de se retrouver, elle part et voyage dans un train, dans un compartiment réservé aux dames. Elle voyage avec cinq autres femmes qui, au fil du trajet, vont raconter leurs histoires, se raconter et se dévoiler. 

C'est à un magnifique moment que m'a conviée Anita Nair. J'avais déjà beaucoup entendu parler de l'auteur sans jamais avoir lu un de ces ouvrages. Ce roman est un magnifique roman sur les femmes, sur leur place, leur rôle et le manque de reconnaissance dont elles sont victimes dans leur pays (comme dans beaucoup d'autres). 
Anita Nair rend hommage à ses femmes qui se sacrifient pour les leurs, s'oubliant et ne demandant rien en échange de le bonté, de leur générosité. 
Ce roman est aussi un magnifique livre sur l'Inde, un pays passionnant et d'une grande richesse culturelle. Anita Nair dénonce aussi ce qui ne va pas dans ce pays et, pointe le doigt sur des hommes (pas tous, heureusement) qui ne considère la femme que comme une chose, bien inférieure à eux-même. 
La plume d'Anita Nair est tout simplement époustouflante. Fluide, mais poétique et intense, ça a été un véritable plaisir pour les yeux. En lisant ce texte, j'avais l'impression de voir les couleurs, de sentir les odeurs, de vivre en Inde.


mardi 14 novembre 2017

(Lecture) Le jardin des secrets - Kate Morton



Un labyrinthe qui cache un secret, une conteuse victorienne dont l'œuvre a disparu, trois générations de femmes unies par une même histoire... En 1913, sur le port de Brisbane, en Australie, une petite fille de quatre ans est retrouvée abandonnée sur un bateau arrivant d'Angleterre, avec pour tout bagage une valise contenant quelques vêtements et un superbe livre de contes de fées. Recueillie par un couple, elle n'apprend son adoption que le jour de son vingt et unième anniversaire. Des années plus tard, Nell décide de partir à la recherche de son passé, en Cornouailles, au domaine de Blackhurst. A sa mort, sa petite-fille Cassandra poursuit cette quête et se rend à son tour en Angleterre afin de percer les secrets du domaine... Dans Le jardin des secrets, Kate Morton montre qu'elle sait comme personne entremêler les fils du passé et du présent pour tisser un extraordinaire roman qui célèbre avec finesse et poésie le pouvoir de l'imaginaire.


Quelle œuvre magnifique et époustouflante. Kate Morton est sans aucun doute un auteur de talent. Non seulement son écriture est magnifique et son amour des mots intenses, mais en plus, elle a sû trouver une intrigue pour son roman magnifique et passionnante. Je n'imaginais pas que ce livre me plairait autant. J'ai tellement appréciée cette lecture, qu'il m'est arrivé de relire certains passages plusieurs fois, rien que pour le bonheur et le plaisir que je ressentais. 

Ce roman se déroule sur trois époques, dans une même famille. Tout d'abord le début du XXème siècle, où l'on suit Rose Mountrachet et Eliza Makepeace dans le Londres victorien. Ensuite, nous suivont l'aventure de Nell Andrews, entre l'Australie et Londres, où elle recherche des pistes sur son passé, dans les années 70. Et enfin, en 2005, nous faisons la connaissance de Cassandra qui reçoit en héritage le cottage de Nell, sa grand-mère et qui du coup part sur les traces de celle-ci, récemment disparut. Quelle galerie de personnages intéressants, surprennants parfois, mais toujours passionnants. Très vite, j'ai aimé suivre les pas d'Eliza, de Nell et de Cassadra. J'ai aimé partir avec elle à la découverte du domaine de BlackHurst (le domaine des Mountrachet). J'ai aimé la beauté des descriptions de Kate Morton, et j'ai adoré son style, la qualité de son écriture, le sujet du livre (secret de famille). Au début, j'ai eu peur de me perdre dans le destin de ces trois femmes extraordinaires, mais pas du tout, et c'est là tout le talent de l'auteur. Il n'est pas possible de s'ennuyer à la lecture de cet ouvrage sensationnel ou de ne pas l'aimer. 

C'est vraiment un coup de cœur. Je ne peux que vous le conseiller, car vraiment, je suis sûr et certaine que vous passerez un moment inoubliable avec les personnages du roman de Kate Morton, un auteur que je vais suivre de prêt.

dimanche 12 novembre 2017

(Interlude musical) Linda Lemay

Comme vous le savez sûrement, Karine & YueYin organise le Québec en novembre !
Il s'agit de célébrer le Québec, sous toutes ses formes, tout au long de ce cher mois de novembre.

Aujourd'hui, donc, je vous partage une p'tite chanson d'une artiste québécoise que j'aime d'amour, j'ai nommé la merveilleuse Linda Lemay.

Cette chanson-là, me parle particulièrement depuis le 25 décembre dernier, jour le plus merveilleux de ma vie, puisque ma fille, ma fierté, ma vie, ma walkyrie a vu le jour et à fait de moi, une maman.


Et, je ne résiste pas à l'envie de vous partager les paroles... un vrai poème !

Une mère.

Une mère  
Ça travaille à temps plein, ça dort un œil ouvert 
C'est d'garde comme un chien 
Ça court au moindre petit bruit, ça s'lève au petit jour 
Ça fait des petites nuits. 
C'est vrai, ça crève de fatigue 
Ça danse à tout jamais une éternelle gigue 
Ça reste auprès de sa couvée 
Au prix de sa jeunesse, au prix de sa beauté. 

Une mère, 
Ça fait ce que ça peut, ça ne peut pas tout faire, 
Mais ça fait de son mieux. 
Une mère, 
Ça calme des chamailles 
Ça peigne d'autres cheveux que sa propre broussaille 

Une mère, 
C'est plus com' le autres filles 
Ça oublie d'être fière 
Ça vit pour sa famille 
Une mère, 
Ça se confine au bercail 
C'est pris comme un noyau 
dans le fruit de ses entrailles 

Une mère, 
C'est là qu'ça nous protège 
Avec les yeux pleins d'eau, les cheveux pleins de neige 
Une mère, 
A un moment, ça s'courbe, ça grince quand ça s'penche 
Ça n'en peut plus d'être lourde 
Ça tombe, ça se brise une hanche 
Puis rapidement, ça sombre 
C'est son dernier dimanche 
Ça pleure et ça fond à vue d'œil 
Ça atteint la maigreur des plus petits cercueils 
O bien sûr, ça veut revoir ensemble 
toute sa progéniture entassée dans sa chambre 
Et ça fait semblant d'être encore forte 
Jusqu'à c'que son cadet ait bien r'fermé la porte 
Et lorsque, tout' seule ça se retrouve 
Ça attend dignement qu'le firmament s'entr'ouvre 
Et puis là , ça se donne le droit 
De fermer pour une fois les deux yeux à la fois 

Une mère ça ne devrait pas partir 
Mais on n'y peut rien faire 
Mais on n'y peut rien dire.


samedi 11 novembre 2017

(Challenge Littéraire) Cold Winter Challenge by Margaud

J'aime l'hiver car avec lui, c'est le thé chaud, la lecture sous un plaid, les gros pulls de laine, les bougies et une ambiance cocooning.

Pour la première fois, j'ai décidé de participer au Cold Winter Challenge organisé par Margaud Liseuse.



Petite différence avec les sessions précédente, cette année, elle a choisi de créer des menus afin de mettre encore plus de piquant (vive le pain d'épices !) dans notre challenge.
Pour valider et réussi ce challenge il suffit de lire au moins 1 livres dans 1 des menus.
Mais quels sont les menus me direz-vous ? Et bien les voici :
* La magie de Noël : ouvrage où la fête de Noël est fortement représentée.
* Flocons magiques : ouvrage dans l'univers fantasy et/ou fantastique.
* Marcher dans la neige : ouvrage de Nature writing ou littérature de voyage qui se passe dans le froid.
* Stalactites ensanglantées : polar ou thriller qui se passe dans le froid.
 

De bien beaux menus, pour un beau challenge !

Comme toujours le challenge se déroulera du 1er décembre 2017 au 31 janvier 2018.
Margaud a mis en place un groupe facebook, ici, où les participants peuvent échanger sur ce challenge (chroniques, questions, Pile à Lire, etc).


Il est maintenant temps, pour moi, de vous présentez la Pile à lire que je me suis concoctée.

Magie de Noël :
* Sauver Noël par Romain Sardou
* Esprit d'hiver par Laura Kasischke
* A la grâce des hommes par Hannah Kent

Flocons magiques :
* La véritable histoire de Noël par Marko Leino
* Lettres du Père Noël par J.R.R. Tolkien
* Bilbo le Hobbit par J.R.R. Tolkien

Marcher dans la neige :
* Dans les forêts de Sibérie par Sylvain Tesson
* Winter par Rick Bass

Stalactites ensanglantées :
* La princesse des glaces par Camilla Läckberg

A vous de jouer !


(Lecture) Un ange cornu avec des ailes de tôle - Michel Tremblay



Troisième recueil de souvenirs de Michel Tremblay, Un ange cornu avec des ailes de tôle est un hommage aux livres et à sa mère. Dans Les Vues animées, il racontait sa découverte du cinéma. Dans Douze coups de théâtre, celle du théâtre. Cette fois, l’auteur des Belles-Sœurs décrit ses premières passions de lecture. Passion du livre et des univers qu’il recèle, que Tremblay excelle à faire partager. Dans ces récits autobiographiques rondement menés, l’enfance et l’adolescence de l’écrivain dans les rues du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, prennent des allures de roman. Qu’il raconte ses premiers pas timides avec la comtesse de Ségur, ses aventures au long cours avec le capitaine Grant, héros de Jules Verne, ou son invention de sept fins originales au conte de Blanche-Neige, Tremblay séduit son lecteur...

Avant d'ouvrir ce livre, j'avais une petite appréhension. En effet, l'auteur étant Québécois, j'avais un peu peur de ne pas tout comprendre à la lecture de cet ouvrage. Mais il n'en fut rien. Dès les premières lignes, Michel Tremblay m'a conquise. Son écriture magnifique, troublante et passionnante m'a tout de suite charmée. 

Dans ce merveilleux livre, Michel Tremblay nous raconte son amour pour les livres, en nous parlant des ouvrages qui l'ont le plus marqué dans son enfance et son adolescence. 
Le petit Michel m'a parlé, tour à tour, de sa découverte de la Comtesse de Ségur, de Jules Verne, de Gabrielle Roy, de Victor Hugo, des bandes dessinées de Tintin et de bien d'autres livres. 
L'auteur nous conte aussi sa vie à Montréal, sa famille éblouissante, dont la grand-mère et la mère aiment lire et sont, pour partie, à l'origine de la curiosité de Michel pour les livres. Comme j'aurai aimé être à sa place et avoir une famille aimant lire et qui me transmet cette passion. 

En compagnie du petit Michel, j'ai de nouveau vécu mes amours littéraires de jeunesse. Des souvenirs ont afflués dans mon cœur, me faisant de nouveau frémir. 
Comme j'ai aimé partager les souvenirs de Michel Tremblay. 
Comme j'ai aimé lire son écriture qui à jamais s'est gravé dans mon âme ; son écriture si douce, mélodieuse et enchanteresse. 
J'ai tellement apprécié quand l'auteur nous livre les conversations avec sa grand-mère, sa mère dans ce québécois si fascinant pour moi. Jamais une autobiographie ne m'avait autant passionnée. Je suis tombée amoureuse de l'écriture de Michel Tremblay, et il est pour moi inconcevable de continuer de vivre sans lire les autres œuvres de cet auteur incroyable. 

Un ange cornu avec des ailes de tôle est un de ces livres qui vous font comprendre que sans la lecture on n'est rien, ou peu de chose. Michel Tremblay est pour moi une merveilleuse découverte qui m'entraîne encore plus profondément dans mon amour passionnel pour les livres.




vendredi 10 novembre 2017

(Lecture) Le gang des rêves - Luca di Fulvio



Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt... L'histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s'achève quelques heures plus tard sans qu'on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio. Roman de l'enfance volée, Le Gang des rêves brûle d'une ardeur rédemptrice : chacun s'y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l'illusion de la pureté. Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l'auteur de dix romans. Deux d'entre eux ont déjà été adaptés au cinéma; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.

Il est bien rare de moi de succomber à l'appel d'un livre qui a déferlé sur la blogosphère et fait l'unanimité. Souvent, j'attends que le soufflé retombe, car l'enthousiasme de chacun fait que pour moi, c'est un rendez-vous manquer. 
Mais pour une fois, aller savoir pourquoi, je me suis laissé tenter et grand bien m'en a pris !

Cetta, une adolescente de 15 ans débarque en Amérique, avec dans ses bras son fils, Natale, né d'un viol. Elle rêvait d'une vie meilleure qu'en Italie, pour son fils et elle-même. Cependant, le rêve américain lui fait faux bon. Elle devra tomber bien bas pour survivre et donner toute les chances à son fils qu'elle aime passionnément.
Les années passent et Natale devient un jeune homme bon, courageux et un jour, il vient en aide à Ruth une jeune fille, qui se fait agressée. Notre jeune Natale tombera follement amoureux de cette jeune fille, mais le destin, une fois de plus décidera de s'en mêler. 

Ce roman de plus de 700 pages est un bijou de littérature ! Qu'on se le dise, c'est un coup de cœur pour moi (comme pour beaucoup de lecteur). Quelle histoire ! Que d'aventures ! Et quels personnages !  
Ce roman est bien trop dense pour être résumé, d'autant plus que je ne souhaite pas trop vous en dire. 
L'auteur nous invite à découvrir le Manhattan des années 20, celui de la mafia, des gangster, du cinéma et de la radiophonie. Il dénonce également le sort de ceux qui vivent dans les quartiers pauvres, mais aussi des gens de couleurs qui subissent (déjà) des outrages inhumains, ainsi que la conditions des femmes et de la violence qui leur est faite. 
Luca Di Fulvio nous invite, au côté de ses personnages, à être confronté aux rêves brisés, à l'espoir anéanti mais à toujours garder force et courage, car cela paye et surtout permet de toujours continuer à pouvoir se regarder en face, sans honte. 
Quand je vous disais que c'était un livre dense ! 

L'écriture est fluide, douce, violente parfois à la limite du sauvage. Mais l'auteur ne cherche pas à nous faire pleurer, non. Pour lui, ce roman est un cri, un hommage à tous ses hommes, femmes qui se battent pour leurs rêves dans un monde qui cherche à tout détruire, à tout anéantir. 

Les personnages...quelle galerie éblouissante ! On en aime certains passionnément et l'on en déteste d'autres. On se laisse entraîner dans un tourbillon dont on sort épuisé et pas indemne. 
Natale (ou Christmas) est un personnage attachant, que j'ai aimé tout de suite. J'avais l'impression, tout au long du récit, d'être sa mère. Je voulais le protéger, l'encourager, le pousser à se battre pour ses rêves. 

Ne vous laissez pas impressionner par la brique. Ce livre se lit seul, rapidement. Tout coule de source et vous serez, comme moi, tellement happé par cette histoire, que vous vous surprendrez à avoir du mal à vous coucher tant vous souhaitez rester avec ces personnages. 
Luca Di Fulvio signe ici un chef d'œuvre véritablement et je souhaite de tout cœur, qu'il soit reconnu comme tel ; car rare sont les romans qui laissent un tel sentiment en fin de lecture !